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 Un parfum de Jasmin.

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Eris de Vorante

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Âge : 22
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MessageSujet: Un parfum de Jasmin.   Mer 12 Aoû - 10:47



Spoiler:
 



Dans la vaste chambre de la Lune, le regard lointain de la dame s'égarait sur les lignes qu'elle venait de coucher sur le parchemin. Debout se tenait elle, revêtue d'une longue tunique de cuir retombant le long de ses jambes. Ses mains gantées resserraient leurs doigts sur le bois du bureau. Appuyée, accablée, sur ses épaules pesait le lourd manteau de la culpabilité.

"Eurydice ?"

Elle n'entendait pas les appels de son mari. Elle ne l'entendit pas non plus s'approcher dans son dos. Son esprit tourmenté ne songeait qu'à deux choses. Deux choses toute simples et pourtant si précieuses. La première était Célérion. La seconde était Kaushalya.

- Eurydice... Il posa la main sur l'épaule de son épouse. Non sans une once de réserve, il vint lui cueillir le poignet avec une douceur égalant l'amour qu'ils avaient partagé jusqu'alors. Eurydice se laissa guider vers Djael'rhad, se tournant face à lui.

- Je ne peux pas... Djael'rhad je ne peux pas les laisser. Ils sont trop jeunes !

- Nous ne les abandonnons pas. Eurydice, regarde moi. Regarde moi je t'en prie. Il vint lui lever le visage au dessus duquel son regard venait s'incliner. Dans les yeux de son épouse se lisait une peine immense. Une douleur lancinante contre laquelle lutter semblait vain. L'Ordre a besoin de nous. Tu le comprends...

- Nos enfants aussi ont besoin de nous, Djael'rhad ! emportée par la colère, la tristesse et un soupçon de déni, elle ne voulut rien entendre de plus. Un sentiment d'injustice alourdissait sa conscience et elle le ressentait telle une atroce lourdeur lui oppressant la poitrine. Elle voulut se retirer du regard compatissant de son époux mais Djael'rhad la retint fermement par les bras avant de sceller son regard au sien. Le ton s'éleva. Il était temps pour son épouse de se ressaisir.

- Souhaites tu les voir connaitre la terre de nos ancêtres ?! Les voir... grandir, se marier. Voir nos petits enfants perpétuer notre nom au sein de sa véritable nation ? C'est un rêve que notre famille nourrit depuis le premier jour de son exil. Nous sommes appelés à nous battre pour sa délivrance. Nous ne pouvons pas reculer. Nous battre aujourd'hui pourrait permettre à nos enfants d'éviter le même sort. Je les aimes autant que toi, tu le sais. Nous avons un devoir tant envers eux qu'envers notre peuple. Mais c'est pour eux que nous devons y aller.

Il vint resserrer ses bras autour des épaules de son épouse. Émue, assaillit par les larmes, Eurydice qui ne cédait jamais, céda.

- Si l'on venait à revenir un jour...




Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir,
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
Danse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir,
Le luth frémit comme un coeur qu'on afflige,
Danse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le Luth frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir,
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !





C'est en 1301 que cela est arrivé. Célérion avait cinq ans. Il se souvient encore. L'étreinte de son père, le baiser de sa mère. Son parfum de jasmin. Son regard étincelant. Une voie lactée, humide de rayons. Tant d'étoiles dans ses yeux. Tant d'étoiles en chaque larme. Il ne sentit pas la main de sa mère quitter ses petits doigts. Il ne vit pas non plus sa sœur se tenir à ses bras. Il contemplait au loin. Au delà des collines de Gendarran, le soleil était triste. Le Crépuscule nimbait le ciel de ses riches voilures, teintées en mille nuances de pourpre, d'or et de rouge. Et pendant que l'Astre du jour disparaissait toujours un peu plus, il s'écoulaient  d'interminables minutes. Les dernières. Ces minutes, si Célérion avait pu les saisir de ses mains, comme il aurait pu saisir les doigts d'Eurydice et de Djael'rhad, il ne les aurait jamais laissé s'échapper. Un dernier regard, tandis que le cocher achevait de sceller les bagages à la voiture. L'un et l'autre de ses parents disparurent dans le véhicule. Le claquement cinglant du fouet fut alors un brusque retour à la dure réalité. Le petit garçon entendit les roues du carrosse s'éloigner pour ne plus jamais les entendre revenir.

" MAMAN !? PAPA....!! "

Il était trop tard. Célérion eut beau tenter de courir sous le regard innocent de sa sœur, la poigne ferme de l'oncle Khalis eut tôt fait de le ramener à la raison.

Ces souvenirs, ses couleurs, ses sons et ses parfums... Célérion les garda cloîtrées dans son esprit, nourrissant en secret l'espoir de les voir balayés par d'heureuses retrouvailles.


Suite en cour de rédaction...
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Eris de Vorante

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Âge : 22
Messages : 593

MessageSujet: Re: Un parfum de Jasmin.   Lun 19 Oct - 22:59

Spoiler:
 

Eurydice était encerclée et les ombres étendaient leur approche.

Ses jambes n'avaient rien perdu de leur célérité d'antan. La princesse, assaillie de toute part, fuyait à travers les ruelles du village, semant autant d'embûches que possible sur son passage ; ouragan d'adrénaline, tempête en effervescence. Son pied agile se servit d'une pile de tonneaux comme tremplin afin de gagner de la hauteur et les toitures devinrent sa tour de guet autant que le théâtre de sa détresse. La racaille ne s'arrêtait pas, décidée à saisir l'insaisissable. Mais l'ensorceleuse ne fit jamais l'affront d'usurper sa réputation. N'y dérogeant pas le moins du monde, un éclair, instantané, pourpre et aveuglant, affligea la cécité aux traqueurs qui en perdirent leur proie de vue. Mais son souffle se faisait court alors qu'elle réapparaissait quelques mètres plus loin. Se laissant glisser sur les versants d'une cheminée, la précision d'un bond salutaire la fit retomber dans le réseau sinueux des rues obscures. La course dispensait dans son sillage la soif de sang.

A l'extérieur du village, Séléné ou la Vipère Blanche, scrutait de ses yeux pâles les environs dans l'espoir de saisir enfin l'opportunité qui porterait son coup fatal. Alors que les minutes lui semblaient longues, sa vue fut alertée par le déplacement furtif d'une ombre en direction d'un bois aux abords de la commune. Le moment était venu.


Les interrogations d'Eurydice au sujet de l'identité de ces hommes ne cessaient de la tourmenter. Mais avant d'obtenir ses réponses, il lui fallait mettre sa vie en sûreté. Sa silhouette élancée se faufilait entre racines, branches et ronces. Mais d'un soubresaut, elle réduisit au silence souffle et gestes. Le craquement du bois venait de retentir non loin et plutôt que d'alerter sa position par la faute d'un mouvement brusque, elle préféra se cacher entre les racines d'un chêne.

« Votre altesse, annonça une voix féminine et suffisante dans les alentours. Votre altesse peut se dérober à nos regards, ramper dans la boue, retenir sa respiration... rien n'y fera. Du temps perdu pour nous et inutilement gagné pour vous ma chère. Vous ne sauvez que quelques souffles et battements de cœur supplémentaires. Ne valez vous pas mieux que cela ?

- Et que croyez vous que je puisse valoir ? Répondit Eurydice dont la voix se déplaça de quelques pas prudents. Ses yeux guettaient l'arrivée de l'ennemi. Il fut vrai que fuir commençait à la rendre lasse.
- Une mort digne, pour une grande dame. Non pas que réfléchir à un décent trépas soit une activité intellectuelle particulièrement stimulante, je ferai ce qu'il faut et au plus vite.
- C'est à votre trépas que vous devriez songer. Cela pourrait être dans votre lit, d'un âge avancé ou ce soir, de ma lame. Choisissez ?
- Des menaces ?
- Non pas des menaces. Une prédiction.
- Je doute que vos prédictions puissent être aussi révélatrices que celles de votre fils, Eurydice.
La princesse empoigna les gardes des cimeterres suspendues à ses hanches lorsque son regard se stoppa net.
- Dites moi où se trouve Kael'rhad.
- En lieux sûrs, entouré de gens qui l'aiment et le servent, ainsi que je le fais.
- Parlez, charogne !
- Un lieu, où sa véritable place se trouve, où nous le comprenons, où nous l’adorons autant que vous adorez vos païennes et décadentes idoles, aveuglés par...
- Par le ciel, le feu et la terre ! vos palabres n'intéresseraient pas le quart des esprits pauvres qui peuplent cette terre ! N'aggravez pas le triste sort que je vous réserve, que je réserve aux traînées dont le port de jupons ne suffit plus à masquer la parenté qui les lies aux plus viles guenons ! Que l'Elon m'emporte, chienne, si ta croupe velue ne se prosterne pas plus bas que l'herbe...
- Ravale ta salive, langue fourchue. Ton venin n'équivaut pas le mien.


Spoiler:
 

Un silence plana quelques instants... quelques instants qui parurent interminables. Le retour à la réalité n'en fut que plus violent.

Séléné surgit de l'ombre ! Bondissante et fulgurante, son épée-serpent frappa et morcela le sol entre les pieds d'Eurydice telle la foudre rugissante. La princesse eut de justesse le temps d'exécuter une esquive des plus salutaire sur sa droite. Elle roula au sol, gagnant ainsi une assez bonne distance afin de mieux faire face à son adversaire. Le choc des deux vipères était  inéluctable.

La lutte amorcée, le temps suspendit son cours. Le fer croisé, le sang versé, la terre meurtrie. C'est une tempête qui déferla sur le bois. La ronde de leur furie ne cesserait qu'au trépas de l'adversaire. Sous un ciel triste et las, Eurydice accusait les coups toujours plus violents de sa rivale. Séléné associait sa vigueur à une infernale maîtrise de l'envoûtement. Mais en la matière, la princesse des Farhistan n'avait pas non plus à rougir de ses dons et l'équilibre sanglant de ce combat ne penchait ni vers l'une, ni vers l'autre des deux vipères.

Eurydice ne craignait ni la vipère blanche ni la douleur qu'elle pouvait infliger mais quelques replis stratégiques l'avait guidée plus loin, à la lisière d'une falaise. Un court instant de répit durant lequel elle trouva un lieu où se dissimuler lui permit de renforcer sa volonté. Une pensée pour ses enfants et l'éternel regret de ne les avoir vu grandir. Elle s'accrochait alors, de poings fermes, à de vivaces souvenirs, lesquels alimentaient la flamme de son espoir : les retrouver tout les trois et veiller sur eux comme une mère aurait dû. « Je suis une Farhistan, se murmurait elle tout bas. Je suis une Farhistan... honni soit qui verse notre sang... ». Et les flammes jaunies de son regard émeraude, enflammé, se retourna vers la pâle catin qui était toujours à ses trousses avec la ferme intention de mettre un terme à sa nuisance.


« Je suis une Farhistan ! annonça t-elle. Une Farhistan, descendante des Deux Serpents, Bien aimée de la Lune et du Soleil, bénie par la grâce de Lyssa et par mon sang, je te maudit ! Puisse Grenth se faire le héraut de cette damnation ! » Le rayon éthéré jaillit de la fureur de la vipère noire et frappa de plein fouet l'insolente prédatrice. Ses yeux devinrent rouges, engorgés de haine. Sa mâchoire crispée et ses crocs en évidence crachaient les sinistres incantations d'un funeste présage. La veine hurlante sur son front semblait prête à éclater sous le déploiement de tant d'énergie. La tempête chaotique lacérait le corps et l'esprit de Séléné dont les atroces plaintes ne pouvaient être masquées par le tonnerre. Lorsque le sortilège parvint à son terme, la vipère blanche avait recouvert le sol. Quelques minutes passèrent. Une larme s'écoula le long de la joue d'Eurydice. Puis une autre. La princesse relâcha son arme pour s'effondrer au sol et ses bras ne la soutenaient que péniblement. Humble et haletante, elle souffla le temps de reprendre assez de forces pour se relever. Mais lorsque son regard se redressait pour observer Séléné, Séléné n'était plus là.

Un choc, un coup violent lui arracha un cri soudain. Ses mains se dressèrent à sa chevelure qu'une poigne tirait cruellement en arrière. Séléné s'empara d'une lame de son ennemie pour la lui glisser sous la gorge.

« Qui crois tu pouvoir damner, Eurydice ? Tu es vieille, tu n'es rien. En quoi tes ancêtres seraient ils supérieurs aux miens s'ils sont comme eux incapables de sauver les vivants ? Tu m'as amusée mais désormais j'en ai fini avec toi. »

Sur ces paroles, Séléné recracha un glaire ensanglanté puis enfonça sa lame dans le ventre de l'elonienne d'un trait, lui arrachant un hurlement terrible.

Puis elle la traîna, la maintenant par les cheveux et sans ménagement en direction de la falaise. En fermant les yeux, Eurydice pouvait entendre l'agonie des vagues heurtant la côte et le vent hurlant lui mordre la peau. De sa main refermée sur sa plaie s'écoulait la vie à flots rouges. Séléné lui montra la roche acérée en contrebas.

« Maintenant que tu fais face à ton tombeau, dis moi, Eurydice, dis moi ce qui pourrait bien mener ta stupide malédiction à son terme ? » La vipère blanche prenait le temps de savourer cette victoire en d'austères tirades, appuyant sur sa blessure, prenant plaisir à écouter les plaintes désolées de sa victime. Alors qu'Eurydice tremblait de froid, le dos arqué au dessus d'une nappe écume déchirée, elle laissa entendre son dernier mot :  « J'ai vu ta mort. Mon sang ne t'accordes pas la victoire...car j'aurais survivance... dans qui vivra encore avec... ma ressemblance. »


Spoiler:
 

" EURYDICE !"

Stupéfaite par cette interruption, Séléné relâcha la princesse. Leith Al Tayed sortait de son propre combat. Il aperçut son épouse au loin, debout sur le rebord de la falaise. Ses cris s'imposèrent comme les prémices d'une cohue vengeresse. Deux compagnons d'armes du prince s'élancèrent hors des bois et la blanche Séléné se retrouva rapidement encerclée. Elle piétinait alors une corde raide mais la porte de sortie nécessaire à son salut semblait bien évident.

« J'en ai déjà terminé. » Abandonnant sa cible, l'hérétique tourna le dos à ses assaillants pour d'un bond vers la mer, échapper au jugement de leurs épées. Ainsi elle plongea du haut de la falaise pour disparaître dans les eaux tumultueuses.

Leith se rua en direction du corps abandonné de son amour. Eurydice nimbait la terre d'un linceul vermeil. Il la recouvra alors, de ses bras transis de chagrin. Elle n'était plus. Les hurlements du prince se faisaient l'écho des flots que la douleur faisait jaillir de ses yeux. Il contempla son visage devenu pâle encore mouillé de larmes. Leith lui referma ses paupières d'un toucher caressant et la garda ainsi durant de longs instants, confiné dans une forte étreinte, il l'imaginait dormante. Ses compagnons, solennels, ôtèrent leur couvre chef pour se murer dans un silence respectueux.

Avec la fleur des Farhistan s'éteignit la lueur d'un astre fabuleux. Un flambeau qui guida Leith à travers l'obscurité et dont le souvenir de sa lumière, de sa chaleur, suffit à la pérennité de son amour. S'abandonner au désespoir aurait été un bien piètre hommage envers cette femme dont le cœur battait encore à travers sa descendance. Il n'en reverrait plus la beauté, le courage et l'énergie qu'en rêves, mais il lui restait Kael'rhad. Il lui restait son fils qu'il fallait arracher aux griffes du Blanc Manteau. Non, pour rien au monde il n'abandonnerait son fils. La rage au corps, Leith s'engagea dans une croisade vindicative. Avec La disparition d'Eurydice s'amorça le prélude d'un nouveau combat : avec la disparition d'Eurydice s'amorça le Cycle de la Haine.
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